Plus de 60 obtenteurs de roses ont, en un peu plus dun siècle, essentiellement le XIXe, créé environ 700 roses en Normandie. Cette région a donc contribué notablement à la création des roses, dites aujourdhui anciennes. A côté de quelques grands professionnels comme Prévost à Rouen et Oger à Caen, beaucoup de roses ont été créées par des amateurs, parfois très modestes. Les nombreuses sociétés et cercles pratiques dhorticulture Normands contribuent à cette passion de créations horticoles.
La région de Rouen sillustre avec Prévost, professeur dhorticulture et de botanique à Rouen et pépiniériste à Bois-Guillaume où il crée plus de 40 variétés de roses. Il créa notamment des roses Noisette à partir du premier rosier de ce groupe Noisette carnée ou Rose Noisette, (appelé aussi, Blush Noisette) obtenu aux Etat-Unis et importé à Rouen en 1815. Les premiers rosiers Rose Noisette commercialisés en Europe, lont été à Rouen où, du fait de leur remontance ils connurent un très grand succès. Les catalogues de Prévost, de 1829/1830, qui présentent une description de botaniste des nombreuses variétés quil cultive, sont aujourdhui une référence internationale pour les roses les plus anciennes. Calvert à créé aussi des roses à la même époque à Rouen. Dans le département de la Seine Inférieure, Coquerel en crée aussi au Havre ainsi que Racine à Dieppe, où il commercialise plus de 550 variétés de roses. De nombreux amateurs rouennais créent aussi de nouvelles roses à cette époque, cest ainsi quil nous reste aujourdhui des roses de Mme Hébert, de Boutigny, de Lecomte ou de Trébutien.
![]() Gracilis de Prévost |
![]() Président de Sèze de Mme Hébert |
![]() Mme Pierre Oger dOger |
A Rouen, Calvert commercialisait 900 variétés de roses, Prévost 1100, Picot avait aussi un catalogue de roses. Il y avait aussi bien dautres horticulteurs rosiéristes à Rouen et sa banlieue à cette époque qui commercialisaient des roses. On peut citer, Boisbunel, Collin, Debeaumont, Haudrechy, Savoureux et Wood, qui souvent créaient des roses. Le marché des roses à Rouen dans les années 1820-1850 était donc considérable, on devait y trouver pas loin de 2000 variétés de roses ! Le marché nétait pas seulement local, il était important vers lAngleterre. En effet, plusieurs horticulteurs anglais sont venus sintaller à Rouen. Cest ainsi que, dans les années 1820, Calvert exportait de Rouen aux horticulteurs anglais, les meilleures roses françaises. Prévost exportait aussi beaucoup de roses vers l'Angleterre.
A la même époque, les régions de Bayeux et de Caen sont aussi très créatives, ainsi quon peut en juger par le catalogue que Thierry, collectionneur de roses de longue date, publie à Caen en 1835. Son catalogue de 1200 roses mentionne les 80 roses les plus récentes obtenues dans le Calvados.
Les roses obtenues à cette époque en Normandie sont essentiellement des Galliques, des Damas, des Centfeuilles, des Pimprenelles, des Hybrides de Chine et des Noisette.
Caen joue dans la cour des plus grands avec Oger qui crée plus de 100 roses dont la célèbre Mme Pierre Oger. Puis Rouen se fait remarquer avec les obtentions de Garçon lors de lExposition Universelle de Paris en 1867. Garçon obtiendra notamment la fameuse Mme Isaac Pereire. On connait aussi aujourdhui des roses de cette époque obtenues par Baudry à Avranches, Chauvel à Alençon, Eude au Havre, mais on nen retrouve aucune de Oudin de Lisieux. Les roses produites à cette époque sont essentiellement des Hybrides Remontants ainsi que des Bourbon, des Thé, les premiers Hybrides de Thé.
![]() Boieldieu de Garçon |
![]() Mme Edmond Corpus de Boutigny |
![]() Capitaine Jouen de Boutigny |
![]() Rosiériste Philbert Boutigny de Boutigny |
![]() Triomphe dAlençon de Chauvel |
![]() Ferdinand Pichard de Tanne |
![]() Préfet Limbourg de Garçon |
Un autre Boutigny de Rouen, Philbert, se distingue lors de lExposition Universelle de Paris en 1900 par ses nombreuses obtentions de couleur très foncée. On vient de toute la France visiter sa roseraie de 10 000 rosiers dans les années 1910. Toujours à Rouen, on connait de Tanne la première rose panachée remontante Ferdinand Pichard, par contre on ne retrouve plus celles de Lottin dAvranches. Boutigny et Tanne ont créé chacun plus de 30 roses. Les roses obtenues appartiennent aux mêmes groupes que ceux de la période précédente, auxquels il faut ajouter les Hybrides de Wichuraiana, des grimpants qui firent le succès de Lottin, et de Tanne avec sa rose Paul Noël. De retour au Havre, après avoir créé des Hybrides de Gigantea à Lisbonne, Cayeux, crée en 1931, Ville du Havre, une rose Pernetiana. Enfin, de 1906 à 1934, Levavasseur à Ussy, dans le Calvados, a créé treize Polyanthas dont Jeanne dArc (1909). Certains de ces Polyanthas eurent un succès mondial immédiat.
Les quelques 700 roses qui furent créées en Normandie pendant un peu plus dun siècle étaient présentées, par les professionnels comme par les amateurs, dans de très nombreuses expositions et concours organisés dans toutes les villes normandes. De très nombreux prix et médailles étaient remis pour de nouvelles roses, ou plus souvent encore, pour des collections et des présentations très variées de belles roses. Cest ainsi, quà la même séance de la Société Centrale dHorticulture de Rouen, Garçon reçut en 1867, 300 Fr or des mains du préfet de la Seine-Inférieure pour honorer son succès à lExposition Universelle, ainsi quune médaille pour le bon entretien quil faisait du jardin dun propiétaire voisin. Garçon, le créateur de Mme Isaac Pereire et dautres magnifiques roses (dont il se fera spolier), était ouvrier-jardinier. Dans son livre sur les roses, publié en 1894, Philbert Boutigny expose ses premières médailles, certaines viennent dexpositions faites à Rouen et au Havre, mais aussi à Yvetot, Elbeuf, Vernon, Dieppe et Sotteville. Cette intense activité autour des roses, particulièrement pour la création de nouvelles variétés, se retrouve dans dautres régions françaises, dont la région parisienne, dans le Lyonnais et le long de la Loire. Cependant dans lOuest de la France, la Normandie présente une certaine spécificité, il ne semble pas quon ait créé de roses en Bretagne, guère plus dune dizaine en Picardie.
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